Ice_cream

Moi, Scratch

Qui parmi vous est parti au Glacier Moderne de Douala ? Nous l’avons fait, car c’est l’une des places les plus anciennes en matière de restauration et rafraichissement dans la capitale économique du Cameroun. La maison existe depuis 1996 et elle a eu largement le temps d’acquérir ses lettres de noblesse aidée en cela par la chaleur, la moiteur environnante. C’est typique des côtes camerounaises, ce climat. A l’heure où on rédige cet article, on a encore en tête les fous rires qu’on a échangés avec des amis, ou des sourires complices passés avec « la petite amie » ou le « bon gars » du moment. Nous, mes amis et moi, avons eu une autre expérience.

Le Glacier Moderne, c’est en plein Akwa, centre des affaires de Douala. En ce début de décembre où la foire du Ngondo (manifestation culturelle des peuples Sawa) bat son plein non loin de là, vous pouvez comprendre notre envie de nous rafraichir. Nous, c’est un groupe de cinq personnes, dont deux viennent de Yaoundé, un autre arrive du Gabon et les deux derniers, sont de Douala. En entrant dans l’établissement, on a affaire à deux barbouzes, des gars grands, noirs et de noir vêtus, costauds, matraque en main : ils assurent la sécurité. On est rassuré, on ne se fera pas agresser aux abords du distributeur de glaces…

La salle est pleine comme un œuf. Du moins, c’est ce qu’il parait de prime abord : des familles entières ont eu la même idée que nous. Sur la droite, les tables sont séparées les unes des autres par  des auvents, sortes de panneaux de bois avec des dorures avec en fond du noir, créant ainsi un semblant d’intimité. A gauche, le comptoir à glace, brillamment éclairé que nous passons avec une superbe indifférence car notre premier souci est de trouver une place assise. Le personnel, affairé, ne fait pas attention à nous car les serveurs sont occupés à servir les clients qui ont déjà passé commande. Personnellement, je calque mon attitude sur celle des autres qui sont déjà venus ici. Je feins l’indifférence et me comporte en habitué. Sauf qu’on arrive au fond de la salle et toujours pas de place.

Un serveur nous fait signe de monter à la mezzanine. C’est un escalier savamment dissimulé derrière le mur recouvert de lambris. En haut, l’ambiance est plus calme, plus feutrée : c’est l’espace VIP ou prestige au choix. Très rapidement, nous nous installons car c’est vide. On passe commande. Nous ne voulons que des glaces, « Dame Noire » (deux, à raison de 3200f CFA la pièce), un « Mont Blanc » avec ses éclats de noisette, et des « Dame Blanche » (deux, 3200f CFA la pièce aussi). Et c’est là que tout se complique. Si l’ambiance est conviviale et le service est rapide, la qualité du service nous a posé un souci. Le problème est simple : il y a parmi nous un connaisseur en matière de glaces. K., l’expert ès glace, nous explique très sérieusement que « son » Mont Blanc doit avoir des éclats de noisette, et c’est  ce qui explique pourquoi il craque tant pour cette composition. Tout de suite, autour de la table, nous échangeons un regard entendu : K. est réputé ne pas avoir sa langue dans la poche en plus d’avoir la critique verte et très virulente.

L’attente n’est pas longue. Le serveur nous apporte une commande. On insiste sur le « une » car nous autres ne savons pas exactement ce qu’il en est, sauf K. et… le serveur. Ce qui nous a paru tous bizarre, c’est qu’au milieu de nos commentaires et de nos rires, le serveur est venu glisser le plateau avec nos commandes en se dépêchant de remettre au hasard les coupes de glace. Sur le coup, on n’a pas trouvé cela suspect. Pas de « bon appétit » vu que cette fois la politesse est allée résolument voir ailleurs si elle y est. Seulement, l’attitude de notre ami qui s’est mis à fouiller dans sa coupe, avec la cuiller en plastique coloré. « Que cherches- tu ? ». Pas de réponse. Il fouille de plus belle et là, on se regarde un peu. Nous, nous sommes satisfaits de ce qu’on nous a servi. Le parfum chocolat est à la hauteur de la délicatesse des papilles et là, K. nous lâche, excédé : « Ce n’est pas la commande qu’on a passée. »

Surpris, on observe bien. On reprend tous la carte de menu pour savoir la composition exacte de ce que chacun de nous a en face de lui. Et là, pour ceux qui ont commandé les dames noires, tout y est : deux boules de glace au chocolat, de la chantilly le tout nappé d’un mince filet de chocolat, quatre biscuits surmontent cet édifice. C’est là, qu’O. – la seule fille- réalise que ce n’est pas sa commande. K. renchérit en ajoutant qu’il a l’impression d’être Scratch, l’écureuil de l’Age de Glace qui court après le gland tout au long du film. Il a beau goûter et de fil en aiguille il a fini la glace, point de pépite de noisette, même pas le parfum.

En ces temps de fête, on comprend que le serveur soit exténué mais bien sûr, hors de question de demander de remplacer car on risque non seulement de payer double pour une commande qu’on n’a pas ordonnée mais aussi, il y a de fortes chances qu’on ait des ennuis pour rien. Avec humour, on note que le menu n’est pas si à la page et que Le Glacier Moderne de Douala est victime de son propre succès. Autant replonger dans la moiteur de Douala, après que le serveur ait disparu, et que nous soyons partis régler nous-mêmes la facture à la caisse.

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