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Université d’Etat ? Non, merci!

Le baccalauréat est le premier diplôme de l’enseignement supérieur au Cameroun. C’est le pré- requis pour une admission dans une université camerounaise. Avec les Grandes Ecoles, il faut obtenir le concours en plus. La solution par défaut pour les personnes à revenu limité reste l’université d’Etat. Aujourd’hui, nous allons parler des universités d’Etat. Ce n’est pas un débat, j’expose mon opinion sur les raisons de la perte de vitesse des universités d’Etat face au privé.

A peine votre relevé de notes présenté, vous êtes redirigé vers une filière dont vous ne savez strictement rien en matière de débouchés. On comprend mieux pourquoi certains parents refusent obstinément de payer certaines études.


L’après baccalauréat : valider la première Unité d’Enseignement.

Il faut donc valider avec brio la première Unité d’Enseignement : l’inscription. Il y a dix ans, il fallait juste s’armer de patience à cause de l’énorme affluence. Maintenant, non seulement il faut beaucoup de patience (car le flux continue de grossir) mais aussi un brin d’ingéniosité car figurez- vous qu’il faut passer le cap de la pré inscription. Cette dernière permet de « réserver la place », une sorte de quitus. C’est à partir de là qu’on vous attribue un numéro de passage via internet et un numéro de compte où verser les 10 000 francs XAF dans une banque accréditée.

Une fois le quitus obtenu après les multiples renvois et les files interminables dans les banques, vous pouvez postuler pour un panel de facultés. Mais ce n’est pas aussi aisé qu’il le semble, comme l’atteste cette étudiante en première année à l’Université de Yaoundé I : « Déjà, les liens internet qu’on nous donne ne sont pas toujours opérationnels, il faut d’abord se diriger vers le cyber café avec une connexion digne de ce nom. Et là, je ne parle même pas des rangs dans les banques. Une vraie horreur. Ils compliquent tout. » De fait, avec le souci d’arrimage aux technologies de communication, les universités publiques privilégient l’accès à internet pour décanter le flux massif pour rapidement obtenir un matricule. Mais ce n’est qu’un leurre.

Un souci d’orientation.

Le choix des facultés reste aussi problématique. Jusqu’ici, les futurs étudiants ne savent pas quels sont les critères d’orientation pour postuler dans une fac. « Moi, je voulais faire biochimie. Manque de veine, j’ai été orienté en sciences de la terre. Je crois sérieusement que la conseillère d’orientation n’a même pas cherché à savoir mes véritables motivations », se plaint cette jeune étudiante en deuxième année. Pourtant, la vérité est ailleurs. Avoir le baccalauréat ne suffit plus. Il faut avoir les notes scolaires qui favorisent l’admission dans la faculté pour laquelle on a opté et ce, en fonction à la fois du nombre de places disponibles et des futures orientations pour une formation professionnelle adéquate et rêvée par l’étudiant. Ce qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est que certaines filières réduisent le champ d’action quant à l’accès du monde professionnel.

Toutefois, avant même de penser au métier de rêve, la brièveté de l’entretien avec les conseillers d’orientation académique a de quoi décourager plus d’un. A peine votre relevé de notes présenté, vous êtes redirigé vers une filière dont vous ne savez strictement rien en matière de débouchés. On comprend mieux pourquoi certains parents refusent obstinément de payer certaines études. « On ne fréquente pas pour chômer », affirme un parent qui ne conçoit pas que son enfant aille s’inscrire en psychologie par exemple. Les bailleurs de fonds sont formels dessus. Ce qu’on note ici, c’est que les élèves en terminale ne sont pas assez informés sur les diverses orientations ainsi que les conditions y afférentes. Avec les universités et institutions privées, le choix est extrêmement simplifié et vite opéré, du fait de la rapide spécialisation.

Une inadéquation avec le milieu du travail ?

Un travail rémunéré est un excellent outil d’insertion sociale. Il ne s’agit plus de légendes urbaines. Les universités d’états sou tendent des études longues. Au Cameroun, bien des filières sont étiquetées comme vaines et « avaleuses » d’argent. Les parents veulent que leurs enfants soient très rapidement autonomes. Il est dès lors impossible pour ne pas dire incompréhensible de payer des études pour faire… les Beaux Arts. « Mon fils est venu avec cette histoire de fac des arts – là… Je lui ai demandé que c’est pour faire quoi après ?  Il a été incapable de me répondre. » D’accord, c’est entendu : il faut un résultat immédiat. Le résultat ici est l’obtention d’un job rémunéré et bien payé d’ailleurs. La situation économique de certains parents ne prête pas à équivoque : à partir d’un certain âge, l’étudiant devrait rentrer dans le cycle économique et participer à la vie de la famille. Les formations courtes sont donc privilégiées. La technicité acquise est mise en avant, voire prioritaire. Les parents continuent d’avoir à l’esprit le souci d’insertion sociale pour leurs rejetons.

Université d'Etat

L’éternelle question du lobbying.

On ne redira jamais assez, mais les relations valent leur pesant d’or. Outre les « notes sexuellement transmissibles », les universités d’Etat continuent de connaître une dévaluation et une dégradation des structures d’enseignement : amphithéâtres vétustes, salles de classe surpeuplées et non équipées, un réseau de magouilles inextricable autour des notes entre autres. Malgré les multiples subventions pour rénover, restructurer et améliorer le quotidien des étudiants, on a l’impression que les universités publiques sont de véritables mouroirs intellectuels.

C’est le moment ici de parler de la représentativité des produits des institutions académiques sur le marché du travail. Il semble que les Grandes Ecoles ont le vent en poupe puisque les meilleurs étudiants des écoles raflent, presque toujours, les postes les mieux payés dans le milieu professionnel. Tout se passe comme ci le savoir prenait des saveurs particulières. Les employeurs ne sont pas dupes en effet car ils privilégient de façon consciente ou non, les ressortissants des Grandes Écoles.

 

Au final ? L’université camerounaise serait  « the place to be but not to stay ». On y apprendra à se socialiser, c’est certain. On comprend pourquoi certaines personnes optent pour la forme tremplin : une ou deux années en faculté publique et la suite dans une Grande École.

 

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